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Bâtiment d’élevage : point de rencontre entre l’homme et l’animal (retour RMT Batice et Onewelfare)

Analyses et études

22/02/2024 13:59 | Articles Il y a 1 mois et 23 jours

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Rmtbatice Onewelfare

Retour des contributions des experts de l’IFIP membre des RMT Batice « bâtiments d’élevage » et One Welfare « un seul bien-être », qui ont coorganisé mi février un colloque afin de faire le point sur les interdépendances entre le bâtiment d’élevage, le bien-être des animaux et celui des personnes qui s’en occupent.
Comment concilier les enjeux au sein du bâtiment, outil de production, espace de travail et lieu de vie des animaux ?
Voici donc quelques résultats de projets et connaissances de l’IFIP autour du logement des porcs, de leurs conditions de vie et des conditions de travail des éleveurs, et des interactions entre bien-être et bâtiment.

Démarche bien-être animal et impact sur les bâtiments porcins en Allemagne, Christine ROGUET

Depuis 2012, en Allemagne, des programmes gouvernementaux pour améliorer le bien-être animal (BEA) se sont succédés, avec des objectifs très ambitieux. En 2015, les auteurs du rapport ministériel « les voies vers un élevage accepté par la société » prônent ainsi des mesures radicales pour améliorer le BEA : 1) accès de tous les animaux à différentes zones climatiques, de préférence à l’extérieur, 2) structuration des cases en zones de vie avec différents types de sol, 3) matériaux manipulables
organiques, 4) augmentation de la surface et fin des cages, 5) arrêt de la coupe des queues.
Dans le même temps, se multiplient les étiquetages bien-être, reflétant la concurrence que se livrent acteurs publiques, associatifs et privés, dans la définition des normes d’élevage : Für Mehr Tierschutz en 2013, Initiative Tierwohl en 2015, Haltungsform en 2019, label officiel obligatoire en 2022. Les conditions de logement des porcs en croissance sont définis par ces normes privées. Selon le niveau d’exigences, les bâtiments de post-sevrage et d’engraissement doivent offrir 10%, 12,5%, 40%…100% de surface en plus par porc, différentes zones de vie, différents types de sol, voire un accès à l’air libre, de la paille…. Pour les truies, les conditions de logement sont définies par la réglementation.
Depuis l’entrée en vigueur le 9 février 2021 de l’ordonnance modifiée sur le bien-être des animaux de ferme, en attente saillie, la contention est limitée à l’insémination et aux examens vétérinaires et la surface au sol par truie est de 5 m² mini dont 1,3 m² de couchage. Le délai de mise aux normes est de 8 ans mais les éleveurs doivent soumettre leur projet pour le 9 février 2024 au plus tard. Si l’éleveur prévoit d’abandonner les truies, il pourra les garder jusqu’à février 2026. En maternité, la contention est interdite sauf 1 jour avant et 3 jours après la mise-bas. La case doit offrir au moins 6,5 m² au sol. Le délai de mise aux normes est de 15 ans.
Ni le marché ni les aides publiques ne parvenant à absorber les surcoûts, cette transformation de l’élevage se fait dans la douleur en Allemagne. Les éleveurs démotivés cessent la production qui recule fortement.

Des bâtiments adaptés pour le bien-être des animaux et des hommes ?, ROUSSELIERE Y. (IFIP) KERGOURLAY F. (CRAB), FAGOO B. (Idele), CHETOUANE W. (Itavi), LUMALE F. (IFCE)

Les demandes sociétales orientent aujourd’hui la réflexion vers des bâtiments de plus en plus ouverts sur l’extérieur, comprenant des aires de vies différenciées intérieures avec intégration de matériaux manipulables, pour favoriser l’expression du comportement naturel des animaux et leur bien-être.
En filière équine, le bâtiment s’articule traditionnellement depuis de nombreuses années autour du concept d’un box par cheval mais la filière est confrontée aux critiques qui remettent en cause ces conditions de logement individuel et poussent à réfléchir à de nouveaux concepts en logement collectif avec accès extérieur.
En production porcine, émergent des bâtiments alternatifs avec accès à des courettes extérieures tandis qu’en production de volailles, les jardins d’hiver et les parcours enherbés se sont également développés ces dernières années.
En veaux de boucherie, des travaux sont également menés sur le développement de logement collectif avec accès extérieur. En bovins lait et viande, ovins et caprins, en plus du potentiel pâturage, les bâtiments s’ouvrent de plus en plus pour améliorer l’ambiance intérieure en toute saison.
Toutes ces évolutions ne peuvent pas se faire sous le seul prisme du bien-être animal, sans prise en compte de celui des travailleurs. En effet, les choix réalisés impactent la charge et la qualité de vie au travail et cela pour de nombreuses années. L’activité au sein des bâtiments amène à enchaîner des tâches récurrentes et parfois pénibles si elles sont réalisées dans de mauvaises conditions. Les bâtiments doivent être conçus et adaptés aux besoins des animaux et des hommes mais doivent aussi tenir compte d’autres enjeux comme par exemple l’environnement (gestion des effluents, émissions d’ammoniac) et l’économie.

Le bâtiment multicritère porcin : réalité ou fiction ?, ROUSSELIERE Y. (IFIP), KERGOURLAY F. (CRAB), BOULESTRAU-BOULAY AL. (CRAPL)

Le parc bâtiment porcin est quasiment intégralement conçu sur la base de bâtiments fermés sur caillebotis intégral. Ce modèle d’élevage possède de nombreuses vertus. Il est très performant pour réduire l’impact sur l’environnement, notamment grâce à une gestion efficace des effluents et de l’air vicié afin de limiter les gaz à effet de serre. De plus, les conditions de travail des opérateurs ainsi que les performances zootechniques sont très satisfaisantes avec ce type de bâtiment.
Malgré tout, ce système de production est régulièrement remis en cause. Les principaux reproches portent sur une mauvaise adéquation avec les nouvelles attentes des consommateurs qui souhaitent généralement avoir une meilleure prise en compte du bien-être des animaux, notamment en leur permettant de mieux exprimer leur comportement naturel (laisser le choix aux animaux, proposer différents types de sol et/ou zones de vie, possibilité de fouir…).
L’IFIP et les Chambres d’Agriculture de Bretagne et de Pays de la Loire ont conduit plusieurs projets sur les dernières années (GO PEI Occitanie, EPP, BP 2022, BâtiPorc C4E) pour tenter d’imaginer des bâtiments qui permettraient de concilier l’ensemble de ces thématiques. Dans ce cadre, plus d’une quarantaine d’élevages ayant tenté de répondre à ce défi ont été visités, ces retours terrain vont nourrir les réflexions des futurs monteurs de projet bâtiment.

Point de vue des éleveurs porcins vis-à-vis de l’évolution des bâtiments : enquête sociologique et typologie, ROUSSELIERE Y., COTTET J., DELANOUE E.

Le parc bâtiment porcin s’est quasiment développé sur la base d’un modèle unique : bâtiment fermé et sur caillebotis intégral. Actuellement, on voit une nouvelle génération de bâtiment émerger qui tente de concilier diverses thématiques gravitant autour des éleveurs : respect de l’environnement, meilleure prise en compte du bien-être animal, réponse aux attentes sociétales et bonnes conditions de travail, tout en assurant des performances zootechniques correctes.
Dans ce contexte, une étude sociologique a été menée auprès d’éleveurs de porcs pour identifier les freins et les motivations qui les ont conduits à imaginer leur bâtiment d’élevage. Pour ce faire, 22 entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès d’éleveurs répartis sur l’ensemble du territoire français et disposant de systèmes d’élevage très variés (allant du conventionnel à l’alternatif).
A la suite de ces entretiens, une analyse thématique a permis d’identifier deux critères de diversité : (1) le positionnement des éleveurs vis-à-vis du bien-être qui peut être orienté davantage vers l’animal, l’éleveur ou les deux à la fois ; (2) le positionnement des éleveurs vis à vis de l’évolution des bâtiments allant des conservateurs, souhaitant continuer dans le modèle actuel, jusqu’aux précurseurs, qui sont prêts à réinventer un nouveau modèle de production.
Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer 6 profils d’éleveurs. Ce travail a été complété par 30 visites d’élevages permettant de mieux comprendre le type de bâtiment que l’on peut associer à chaque profil.
L’objectif de cette typologie est de mieux comprendre les principales attentes des éleveurs au sujet des évolutions des bâtiments en vue de mieux les accompagner à l’avenir.

Etude de l’attractivité et de la durée de vie de différents matériaux d’enrichissement et d’essence de bois pour les truies bloquées en verraterie et en gestante grand groupe, Alexandre POISSONNET, Louisette PARRA-SOURDEAU, Valérie COURBOULAY


Deux essais ont été menés à la station expérimentale de l’Ifip afin de fournir aux éleveurs des éléments pour choisir les équipements appropriés.
Le premier essai a été réalisé sur une période de 4 semaines dans une verraterie bloquée, avec trois bandes de 24 truies chacune. Pour chaque bande, quatre solutions ont été testées : un cylindre à mordiller, un tasseau de bois fixé au sol (nommé pieuvre), un tasseau de bois et un objet en caoutchouc naturel fixés sur les tubulaires en face de la truie. Chaque semaine, les objets étaient déplacés afin que toutes les truies de la bande soient exposées aux quatre solutions. Un suivi comportemental a été réalisé deux fois par semaine. La vitesse de dégradation des objets a été mesurée par des pesées. La pieuvre et l’objet en caoutchouc sont significativement plus utilisés que les autres objets. Ces objets ont été préférés en raison de leur taille, de leur composition et de leur accessibilité, qui sont plus adaptées à l’expression des comportements d’investigation.
Le deuxième essai a été mené dans un groupe dynamique de 72 truies gestantes afin de comparer l’attractivité et la durabilité de différentes essences de bois : pin sylvestre, érable, hêtre et chêne. Pendant trois mois, chaque semaine le temps d’utilisation des essences de bois a été mesuré au cours d’une séquence d’observation de 2h30. La vitesse de dégradation des morceaux de bois a été évaluée en fonction de leur fréquence de renouvellement. Le pin sylvestre est significativement plus utilisé que les trois autres essences. Tous les objets sont principalement mâchés. Le pin sylvestre, étant plus tendre, a été renouvelé six fois plus fréquemment.

Evolution des coûts à la place et des bâtiments porcins entre 2015 et 2023, ROUSSELIERE Y.

Le coût de construction d’une porcherie peut fortement évoluer d’un projet bâtiment à un autre. Cela peut être lié aux choix techniques de l’éleveur, au type de matériaux choisis, à la localisation géographique de l’élevage ou encore aux négociations entre l’éleveur et ses fournisseurs.
Afin d’étudier le coût de construction, il est primordial de travailler sur des coûts standardisés. Ce travail a été réalisé par l’IFIP en 2015 et en 2021. Des devis ont été collectés auprès des acteurs du terrain concernant la construction de porcherie. Pour un projet bâtiment, l’objectif est de collecter un ou plusieurs devis par poste de charge. On en distingue 4 : terrassement / sous-bassement, élévation, toiture / plafond / charpente et aménagement intérieur (alimentation, abreuvement, cloisons, électricité, sol). A la réception des devis, un travail de normalisation des coûts est réalisé pour isoler les coûts annexes ou spécifiques à des équipements peu fréquents en élevage (cooling, échangeur d’air ou pompe à chaleur par exemple). On obtient ainsi des coûts à la place standardisés ayant la même surface au sol et disposant du même type d’équipement, pour l’ensemble des projets.
Suite à la hausse des coûts de construction en 2022, les coûts de 2021 ont été actualisés en janvier 2023 à l’aide d’indices INSEE spécifiques au monde de la construction. Nous disposons donc de coûts sur trois périodes : 2015, 2021 et 2023. Sur cette base, des coûts ont pu être déterminés à la fois par stade physiologique et par poste de charge et le tout pour 3 modes de production (conventionnel, sur paille ou biologique).
Il a ensuite été possible d’analyser les évolutions des coûts et de les interpréter pour savoir si elles sont dues uniquement à une hausse du prix des matériaux, à une évolution des tendances de construction, en lien avec les demandes sociétales qui sont le plus en plus axées sur une meilleure prise en compte du bien-être des animaux en élevage ou les deux à la fois.

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