Evolution des exploitations porcines en France depuis 2008 : quels effets des contraintes économiques et réglementaires sur le potentiel de production ?

L’Ifip a suivi les évolutions des exploitations porcines depuis la flambée du prix des matières premières en 2008, et évalué les choix d’investissement et leurs conséquences sur le potentiel de production. L’objectif est de tirer des enseignements sur la capacité des élevages à relever les défis (compétitivité, conditions de travail, transmission…) et sur l’évolution des volumes produits.

Les investissements en élevage ces dernières années, raisonnés et structurants bien que très insuffisants, ont eu pour objectif d’accroître l’autonomie de l’exploitation en capacités d’engraissement et en foncier, quitte à réduire le nombre de truies. 

Entre 2007 et 2013, le nombre d’élevages de plus de 50 truies (98 % du cheptel) est passé de 6 400 à 4 870 et leur taille moyenne de 183 à 215 truies. En 2015, le tiers supérieur (classé sur la marge) des élevages NE dégage une marge sur coût alimentaire et renouvellement 1,7 fois plus élevée que le tiers inférieur (1 180 € vs 690 € par truie).

La production porcine devrait encore baisser en France, l’augmentation des performances techniques ne suffisant pas à compenser la diminution du cheptel qui risque d’accompagner les nombreux départs à la retraite prévus. La pyramide des âges laisse entrevoir un risque important pour le maintien de la production porcine en France. Dans ce contexte, des groupements proposent à leurs adhérents des fonds de garantie ou d’investissement, et des dispositifs de sécurisation du prix ou de la marge. Au-delà, le manque de rentabilité, de financement et de candidats conduisent certaines coopératives à investir dans la production en détenant tout ou partie des capitaux de certains élevages. Dans le Sud-Ouest, les outils industriels sont là et de qualité. Leur objectif est plus la pérennisation de la production, au travers de leurs projets d’engraissement, que sa relance. Dans le Nord, face à la concurrence des cultures (sauf en Flandres) et à la fragilisation de l’aval (fermeture d’abattoirs), l’objectif est le maintien de la production, par le développement de la part de la production sous des cahiers des charges, sources de plus values, nécessaires à ce maintien.

Un changement de conception du métier est observé chez les jeunes générations. Autrefois libéraux, tenants du marché au cadran et des volumes, les jeunes éleveurs se savent d’aujourd’hui en concurrence sur un marché saturé, avec des compétiteurs solides (Allemagne, Espagne). Ils aspirent à un peu plus de sécurité, de temps libre et à un revenu qui leur permette de vivre. Nombre d’entre eux souhaitent aussi aller au-delà du quai d’embarquement, s’engager dans des filières jusqu’au consommateur, y voyant l’occasion de donner ainsi plus de sens à leur métier.

Entre la recherche d’autonomie des exploitations qui sont dans une dynamique de projet et les incertitudes sur la reprise des élevages des nombreux cédants, entre les limites environnementales en Bretagne et le manque de candidats à l’installation ailleurs, la baisse du cheptel porcin semble vouée à perdurer, voire à s’accélérer dans certaines régions. En l’absence d’entraînement fort par le reste de la filière, de perspectives stratégiques et commerciales donnant de l’optimisme, il est à craindre que la dynamique propre des élevages ne suffise pas à maintenir le cheptel et la production.

Deux questions se posent : Qui investira dans la production ? La différenciation de la production suffira-t-elle à compenser en valeur la perte de volume ?

Cette étude a été financée par FranceAgriMer et le PNDAR.

Contact : christine.roguet@ifip.asso.fr