En 2023, l’analyse de la veille concurrentielle des principaux marchés mondiaux révèle une domination dans le classement par les grands exportateurs. Le Danemark est en tête, suivi de l’Espagne, des États-Unis, du Canada, du Brésil et des Pays-Bas. Leur avantage repose sur une production efficiente, des exportations dynamiques et des entreprises leaders à l’international. La France, en milieu de classement, a perdu une place et se classe 10e en 2023.
L’étude « Veille concurrentielle des filières porcines », menée depuis 2013 pour FranceAgriMer, vise à classer et comparer la compétitivité des filières porcines de 19 pays, dont 9 membres de l’Union européenne (UE). L’analyse repose sur 27 indicateurs quantitatifs regroupés en 6 axes : macroéconomie, facteurs naturels, dynamiques du marché intérieur, coût de production, organisation de la filière et aspects institutionnels, export. Chaque variable est notée (score de 10 à 120 points), et la note globale forme un indicateur synthétique de compétitivité de 1 000 points.
Un contexte macroéconomique avantageux pour les pays développés
Depuis 2013, l’axe « macroéconomie » révèle des avantages compétitifs notables pour les pays développés, notamment en Europe de l’Ouest et au Japon. Leur position concurrentielle s’explique par la qualité de leurs infrastructures, la stabilité des institutions et la mise en œuvre de réglementations favorables à l’entrepreneuriat et au commerce. Le pouvoir d’achat élevé (dépenses alimentaires à domicile) soutient la consommation et offre un débouché rémunérateur aux filières agroalimentaires. En 2023, la Russie et l’Ukraine ont enregistré une progression marquée de leur Produit Intérieur Brut (PIB) après une chute brutale en 2022 liée à la guerre. Les pays dont le développement économique est plus limité affichent des scores plus faibles. C’est le cas de l’Ukraine, encore marquée par le conflit, mais aussi de la Chine, du Mexique, de la Russie, du Brésil et des Philippines, bien que ces deux derniers soient en progression depuis deux ans.
L’Espagne et l’Allemagne touchées par les épidémies
Concernant la « maîtrise des facteurs naturels », les pays disposant de surfaces étendues de terres arables comme le Canada, l’Ukraine, la France et la Russie sont avantagés. A l’inverse, les pays fortement importateurs de matières premières sont pénalisés. Le Japon et la Corée du Sud dépendent en particulier des importations maritimes.
Taux d’autoapprovisionnement en céréales* en 2023
Source : Ifip d’après Commission européenne, USDA, Stratégie Grains
*hors riz
En 2023, les problématiques sanitaires sont persistantes dans certaines régions du monde et grèvent la compétitivité abordée sous l’angle de la maitrise des facteurs naturels. La Chine et les Philippines restent les pays les plus fortement touchés par les maladies animales. L’Allemagne continue de faire face à la Fièvre Porcine Africaine, tandis que l’épidémie de SDRP en Espagne fait des ravages.
La densité animale constitue un autre critère discriminant dans cette analyse concurrentielle. Au Brésil, le chargement par hectare progresse nettement sous l’effet de l’intensification de l’élevage. À l’inverse, il diminue dans plusieurs pays européens comme la France, l’Allemagne, le Danemark et l’Italie. Aux Pays-Bas, la densité se stabilise après des années de baisse, sous l’effet de la pression sociétale et des programmes gouvernementaux de rachat des élevages. Au sein de ce panel de pays, les densités les plus élevées sont observées en Corée du Sud (4,56 UGB/ha), aux Pays-Bas (4,02), en Belgique (2,99), au Japon (1,95) et au Danemark (1,70). À l’inverse, le chargement demeure très faible au Canada, en Russie et en Ukraine (moins de 0,3 UGB/ha de SAU).
Chine : une dynamique de production spectaculaire
Concernant l’analyse des dynamiques du marché intérieur, certains pays se démarquent. En 2023, la Chine est remontée à la 2ᵉ place du classement de l’axe « marché intérieur », grâce à une reprise dynamique de la production nationale, dépassant les niveaux précédant la crise FPA. La Russie a maintenu sa première place : la croissance se poursuit à un rythme soutenu en 2023 (+2% en un an et +70% en 10 ans) grâce, entre autres, aux mesures de soutien public mises en place suites aux sanctions de 2014. Le développement de grands élevages et les progrès de la génétique jouent également un rôle. L’Espagne, devenue le premier producteur européen depuis 2020, a atteint la 3e position sous l’effet d’une dynamique très positive en termes de production et de consommation. L’Allemagne et les Pays-Bas ont reculé dans ce classement. La croissance de ces marchés a été freinée par une conjonction de facteurs contraignants, notamment le déclin du commerce des animaux vivants ou encore les évolutions du contexte réglementaire et sociétal.
Evolution de la production sur 10 ans entre 2013 et 2023
Source : Ifip d’après USDA PS&D et Worldbank
Brésil et USA : champions du porc à bas coût
L’analyse des coûts de production est une composante incontournable de la compétitivité des filières porcines. Le Brésil présente les coûts de production les plus bas du panel de pays étudié, devant les États-Unis. Le géant sud-américain bénéficie de ressources abondantes en matières premières et un accès à l’aliment du bétail à moindre coût. Les bâtiments sont aussi peu coûteux, les charges de main d’œuvre limitées et les performances techniques sont bonnes. En Europe, les coûts plus élevés du travail et des bâtiments sont partiellement compensés par une bonne productivité. La Belgique et les Pays-Bas se démarquent alors que l’Italie et le Royaume-Uni affichent les coûts de production les plus élevés, en lien avec la production de porcs différenciés.
Concentration des entreprises : des écarts structurels marqués
A la tête du classement des pays étudiés sous l’axe « Organisation de la filière et aspect institutionnels » s’affichent les pays développés dont les entreprises d’abattage-découpe sont fortement concentrées et internationalisées : Danemark, Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Canada et Pays-Bas. L’UE compte 8 entreprises dans le top 20 mondial. Le secteur est concentré, ces dernières assurant un tiers des abattages européens. Les mesures de soutien à la production sont faibles ou inexistantes dans les pays d’Amérique du Nord, au Brésil et dans l’UE. A l’inverse, elles sont importantes au Japon, aux Philippines, en Corée du Sud et en Russie.
Des filières mises à l’épreuve par les mutations récentes du commerce mondial
En 2023, la Chine a largement réduit ses importations en produits du porc et les principaux exportateurs mondiaux ont dû réorienter leurs volumes vers d’autres destinations. Ce contexte a fortement influencé les performances sur l’axe d’analyse « Portefeuille de marché à l’export ». L’Espagne domine ses concurrents sur ce volet, et la France reste pénalisée par le déficit commercial en valeur de ce secteur.
Commerce mondial de viande et produits transformés de porc
Hors intra-UE – Hors abats, lard et graisse
Source : Ifip d’après douanes
Indicateur synthétique de veille concurrentielle des filières porcines pour l’année 2023
(/1000 points) – La France atteint la 10e place de ce classement
Source : Ifip
