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Analyse : Marchés du porc et de l’alimentation animale : offre porcine en recul et prix élevés en 2023

Analyses et études

09/12/2022 14:48 | Place des marchés Il y a 6 mois et 28 jours

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En 2022, les filières porcines européennes ont été touchées de plein fouet par les crises successives. La guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques impactent les cours des matières premières et orientent leurs prix à la hausse. Dans ce contexte, les éleveurs européens réduisent leur production et le recul de l’offre résumera le marché du porc en 2023. Les cours du porc se maintiendront à de hauts niveaux et la rentabilité des élevages restera l’enjeu principal.

UE : production en recul

Depuis fin 2021, le marché du porc est touché par une intense remontée des prix des matières premières et par un fort abaissement du prix des porcs. Les éleveurs de porcs se sont donc retrouvés dans une situation de crise financière à laquelle se superposent les crises énergétiques, sanitaires, politiques et climatiques. Dans ce contexte, l’offre européenne en porc a accusé une forte baisse en 2022 (- 4 % par rapport à l’an dernier) qui s’accentuera jusqu’au milieu de l’année 2023. Au sein de la zone UE, la baisse de production devrait atteindre environ - 3,6 % au 1er semestre 2023/22. Sur l’ensemble de l’année 2023, le marché européen peut s’attendre à un recul de la production d’environ 2,6 % par rapport à 2022.
En Espagne, l’expansion du cheptel est temporairement limitée. Ceci est en lien avec la stabilisation des débouchés de l’export vers les pays tiers, des résultats financiers moindres en 2022, de la dégradation de l’état sanitaire dans certains élevages en début d’année et des fortes chaleurs du printemps et de l’été. Au 1er sem. 2023, la production porcine espagnole devrait reculer d’environ 3 % en un an, un chiffre élevé compte tenu d’une offre encore forte en début d’année. La mise à l’arrêt de la croissance ne devrait être que temporaire car les Espagnols pourront à moyen terme consolider leur position sur le marché européen.
En Allemagne, la chute des effectifs de reproducteurs se poursuit à un rythme inquiétant et le marché, déjà en difficulté face aux crises de la FPA et du Covid-19, est confronté à la crise économique et à l’explosion des prix des intrants. La production allemande reculerait au 1er sem. 2023/22 de l’ordre de 2,3 %. Cette situation devrait s’étendre au Danemark (- 13 % sur cette même période). La filière danoise manque de débouchés en Europe pour les porcelets et vers les marchés tiers pour les viandes et coproduits.
En France, le marché affiche une certaine résistance par rapport à ses voisins, notamment grâce à la stratégie Le Porc Français, génératrice d’une forme de protection. Les mesures de soutien financier de la part du gouvernement sur les différents maillons de la filière ont aussi pu limiter les dégâts par rapport à ceux subis par les filières européennes. Le Service Statistique Public s’attend à une baisse de la production française de l’ordre de 1,2 % au 1er sem. 2023/22.

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Des prix du porc élevés

Les perspectives de débouchés intérieurs et extérieurs restent peu dynamiques, mais face au contexte inflationniste et au recul massif de la production européenne, les cours du porc à la production resteront soutenus jusqu’au 1er sem. 2023 : + 50 % au dernier trim. 2022/21, puis + 32 % au 1er trim. 23/22 et + 4 % au 2e trim. 23/22. Les niveaux de prix actuellement enregistrés sont inhabituellement hauts. En France, le prix des porcs classes S et E sont bien supérieurs à ceux de 2021 (+ 13 % au 2e trim. 22/21 et + 37 % au 3e trim. 22/21).

Aliment à un haut niveau

Les prix des matières premières sont en hausse depuis l’automne 2020. Pour la campagne 22/23, l’USDA estime la consommation en maïs et en blé supérieure à la production. Pour le soja, la situation est inversée. A ces fondamentaux tendus, s’ajoutent la situation géopolitique actuelle et les tensions sur le corridor d’exportation en mer Noire.
Les estimations de production pour le complexe oléagineux sont bonnes. Le prix des tourteaux est très impacté par le prix de l’énergie. En tant que co-produits de la production d’huile, leur coût de production est lié au prix de l’énergie. Certaines usines de trituration pourraient être contraintes à l’arrêt. Les prix sont estimés stables sur des niveaux hauts. Du côté du blé, la récolte de l’hémisphère nord a été bonne et malgré l’insécurité liée au corridor en mer Noire, les prix devraient se stabiliser à un niveau élevé. La situation est identique en maïs où la production d’Amérique latine rattrape celle de l’Europe stabilisant les prix sur un plateau haut.
Avec un coût matière estimé stable sur la période, l’aliment Ifip devrait se maintenir sur les prochains mois. Le prix de l’énergie jouera un rôle important dans la fabrication de l’aliment. Les cours élevés de l’aliment et des matières premières semblent être une nouvelle normalité. La prédominance de la géopolitique a rendu cet exercice de prévision difficile, les incertitudes sont multiples. Les cours ne se basent plus en priorité sur les fondamentaux mais réagissent sous l’effet de la crainte.
Les prévisions dépendent de l’évolution de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, de celle des coûts énergétiques et de leurs impacts sur la production et la consommation mondiale, et cette année encore, de la non-propagation de la FPA sur de nouveaux marchés européens. Par ailleurs, cette situation risque d’exacerber les tensions entre les maillons de la filière, en particulier pour les acteurs de l’aval de la filière confrontés aux difficultés de répercussions des coûts de production.

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Auteurs

Elisa Husson

Ingénieure d’études - Experte en charge de l’analyse des marchés du porc et du commerce international

Leboulch

Ingénieure d'étude - Experte sur l'économie des marchés et des matières premières

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